20 septembre 2007

La traversée du désert

Le collège, c'était l'enfer. Pas au niveau scolaire, non non, au niveau social. Chacun a sa période noire, la mienne va de 10 à 14 ans. Morceaux choisis :

Au collège, j'étais amoureuse pendant 4 ans du même garçon. J'aurais pu choisir le play-boy du collège, mais c'était le petit gros boutonneux à lunettes, geek en devenir (vous en connaissez beaucoup, vous, des garçons de 10 ans qui formatent et bidouillent leur bios ?) qui m'a tapé dans l'oeil. Sisi, je vous jure. Je lui écrivais des lettres d'amour enflammées, qu'il s'empressait aussitôt de montrer à ses copains en ricanant bêtement (trop jeunes, stupides et trop masculins pour comprendre la pureté de mes sentiments).
Je lui avais également offert un moulage de tintin (dont il était fan, j'ai pas fait un truc au pif) en plâtre, fabriqué et peint de mes blanches mains, qu'il avait jeté par terre et écrasé devant moi.
J'atteint l'apothéose le jour où il fit tourner en classe de 3ème un photomontage de moi et du vieux prof d'histoire, dénudés et dans une position très... animale. Elégant.

Ce fut le même garçon qui eut l'idée de dire à tout le groupe de copains que nous étions que j'étais un "thon" (à l'époque j'ignorais le sens de ce mot, je pensais simplement qu'on me traitait de poisson), et que tout le monde devait rester à au moins 5 mètres de moi sous peine d'attraper "ma maladie" (laquelle, mystère et boule de gomme). Charmant, idéal quand on est pas bien dans sa peau.

Vous vous dites sûrement que je choisis très bien mes copains. Je choisis très bien mes copines aussi.

Mes copines trouvaient super marrant de se dépêcher de sortir de classe à la récré, et de se planquer dans la cour. J'étais faite comme un rat : si je les cherchais, j'avais l'air d'une pauvre perdue qui cherche ses copines, si je ne les cherchais pas, j'avais l'air d'une pauvre perdue qui n'a pas de copine (l'air méprisant "je ne parle avec personne parce que je suis trop bien pour vous, mieux vaut être seule que mal accompagnée", on oublie, j'avais plutôt l'air d'un chien qu'on a laissé au bord de l'autoroute, en quête de relation sociale normale).

Leur seconde trouvaille était de m'éjecter vers des gens de classe inférieure : j'avais un an d'avance, et moi, toute fière d'être en cinquième, on me poussait vers les sixième en disant "va retrouver tes copains de ton âge". Re-traumatisme des relations sociales normales.

L'ultime humiliation date de la classe de cinquième : robe en jean à boutons pressions sur le devant. Pas de soutien-gorge (oui, moi en troisième, j'avais pas de seins. Parce qu'en plus d'être plus petite parce que j'avais un an de moins, j'ai eu ma poussée de croissance à 15 ans, 4 ans après elles). En plein milieu de la récré, comme une rafalle de mitraillette, pan pan pan pan pan pan, elles m'ont fait sauter les boutons de la robe. En petite culotte dans la cour.

Et puis, comme si j'étais pas assez handicapée socialement, j'ai eu un corset orthopédique en quatrième. Et les surnoms qui vont avec (eh ! Gladiator !). L'âge où j'avais envie de m'habiller chez pimkie et jennyfer (on a toutes eu nos faux pas de fashionitude, que celle qui n'a jamais porté un boocut en stretch violet au collège ou un débardeur en lycra avec des signes chinois dessus me jette la première pierre), j'étais obligée de porter des tshirts amples (parce que un tshirt qui moule les scratch du corset, c'est moins sexy, t'imagines), non-décolettés (parce que le scratch vert fluo qui dépasse en haut, ça engage pas les garçons à mater ta moitrine inexistante), longs (parce que si dès que tu te baisses, on voit deux languettes violettes, on peut penser qu'en fait t'es vraiment transgénique). Pantalons taille haute, exclusivement (dès que tu ramasses un crayon par terre, ça fait "FLAP !" sinon). Introuvable à pimkie, bien sûr.

J'en suis sortie vivante, pas complètement indemne par contre (je pense que l'amertume se ressent nettement dans ce billet). Et puis au lycée, je les ai toutes bien niquées avec la poussée de croissance : et 1m75 dans ta faaaace !! J'avais un dos droit, non vouté, un port de tête de danseuse, et celle qu'on surnommait la "sale intello" (alors que je me lavais, quand même) a eu l'orientation qu'elle voulait. Et puis ma cellulite, je l'ai eu qu'à 18 ans, et elles à 16, niark niark.

Je crois que je m'en suis pas mal tirée, pour une petite sale intello gladiator amputée de copines et copains normaux.

ps : merci Marie pour l'idée :)

Posté par lisaa à 22:33 - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur La traversée du désert

  • Hehe :) Tous niqués !

    Je t'en prie pour l'idée
    Ca fait vraiment plaisir de voir le papillon sorti de son cocon...
    Tout ces gens étaient inhumains - Dans cette histoire tu es la seule à prouver ton humanité, humanité qui t'a faite telle que tu es maintenant, et c'est la seule chose qui compte.

    Un gros bisou
    Marie

    Posté par Marie, 21 septembre 2007 à 09:58 | | Répondre
  • Comme je te comprends... parce que à quelques choses près j'étais pareille! Et qui s'en est le mieux sorti?!! Ah Ah Ah!

    Posté par Poussinette, 21 septembre 2007 à 15:13 | | Répondre
  • Et maintenant, on a toutes les boules devant ton corps de dée...euh non ben euh. C'est pas vrai, personne n'a les boules du tout :p
    C'est moche l'adolescence, je crois qu'on aurait toutes des tas de trucs à balancer... mais bon on voit finalement qui s'en sort le mieux. Il y a les filles comme "nous" (j'entends au moins toi et moi lol) qui on souffert de leur adolescence et qui du coup ont muri et se sont forgé un caractère et il y a "les autres" (prendre un ton méprisant pour le dire) qui, des années après, font toujours les mêmes vannes... et qui sont devenues des pouffes aux cheveux décolorés et ceintures à paillettes...

    Alors au choix...voila ^^ tu es mieux comme tu es, mieux en rousse qu'en décolorée

    Posté par Emilie, 22 septembre 2007 à 15:47 | | Répondre
  • Bon, ya des séquelles quand même, comme l'obsession à se sentir intégrée quelque part. Mais je m'en sors pas trop mal
    Ayons une pensée pour ceux qui n'en sont toujours pas sortis (je pense notamment à notre cher Julien...).

    Posté par lisaa, 23 septembre 2007 à 23:31 | | Répondre
  • Bonjour, je découvre ton blog aujourd'hui et je me sens proche de ce que tu écris. Pour moi ça n'a jamais été aussi loin, mais je me suis toujours sentie mal aimée jusqu'en première je crois. L'intello de service, thon de service aussi, mal habillée (les jupes culottes de mes cousines avec des collants en laine et des baskets). Celle à qui les garçons venaient dire, "eh mon pote il veut sortir avec toi!" juste pour se moquer du pote en question et lui faire une mauvaise blague, et se moquer de moi aussi. Celle à qui on parle juste pour récupérer un exo de maths, ou pour avoir le droit de s'asseoir à côté d'elle pour le contrôle... Celle que les copines oublient (ça m'est arrivé aussi)...
    Maintenant à presque 27 ans, cadre dans la fonction publique après une grande école ( enfin une moyenne grande école), mariée et heureuse, je me dis que je suis certainement bien mieux lottie qu'eux. A l'époque ils étaient des ptis cons, et maintenant, ils ont passé 3 ans de plus dans les études pour finir surveillant ou que sais-je...
    Mais je te rejoins, il y a toujorus ce beoin d'intégration, et encore maintenant, quand je suis dans un groupe, que personne n'écoute ce que je dis, que l'attention est fixée sur celui qui parle fort, qui fait du sport, des blagues pas drôles, qui fait son malin.... Je me sens encore mal à l'aise et pas à ma place.
    A ce jour, toutes celles que j'ai un jour considéré comme "ma meilleure amie" ne l'ont jamais pensé à mon sujet, ou ont fini par trouver qqn d'autre pour me remplacer...

    Bravo pour ce texte, la justesse du ton et des émotions.
    Tu as bien fait de l'écrire.
    Et ca m'a fait du bien de le lire.

    Posté par ella, 02 octobre 2007 à 13:20 | | Répondre
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